Au cours de la derniere decennie, l idee de capital naturel s est imposee au centre des discussions sur la durabilite, la finance et l avenir economique. C est une avancee importante.
Les ecosystemes soutiennent l economie reelle: les forets regulent l eau, les sols soutiennent l agriculture, la biodiversite renforce la resilience. Sans ces fondations, la production et les echanges deviennent fragiles.
Pourtant, j ai progressivement compris que reconnaitre le capital naturel ne suffit pas. Le probleme n est pas seulement de mieux decrire la valeur de la nature dans des rapports; le probleme est de transformer cette reconnaissance en signaux economiques qui orientent les choix quotidiens.
Cette prise de conscience ne vient pas d un document technique, mais d une scene banale: des pommes locales plus cheres d un cote, des produits importes moins chers de l autre. Mes valeurs etaient claires, mais les prix poussaient dans la direction opposee.
C est la que la question est devenue concrete: et si le probleme n etait pas l absence de bonne volonte, mais un systeme qui rend le soin de la nature economiquement difficile?
La pensee du capital naturel corrige une erreur centrale: la valeur economique ne commence pas seulement quand quelque chose est extrait et vendu. Les systemes naturels creent une valeur reelle, meme lorsqu elle n est pas capturee par la comptabilite classique.
Integrer cette realite dans la decision publique, la finance et les entreprises est essentiel. Mais cette etape, seule, ne modifie pas automatiquement les comportements.
Les economies suivent des signaux: les prix orientent la consommation, les rendements orientent l investissement, le pouvoir d achat oriente la vie quotidienne. Si ces signaux ne changent pas, la reconnaissance du capital naturel peut rester theorique.
Mon travail cherche donc a franchir une etape supplementaire: transformer la reconnaissance en incitations qui rendent les choix responsables plus accessibles, plus logiques et plus viables dans le reel.
C est dans cet esprit que j ai developpe des pistes comme un dividende citoyen pour la nature, et que des projets comme mydio tentent d aligner comportements quotidiens et valeur ecologique.
Je salue l elan autour du capital naturel. Cette reconnaissance est indispensable. Mais le prochain enjeu est la traduction: de la valeur ecologique vers les mecanismes economiques qui structurent nos decisions quotidiennes.
Si la nature est une richesse fondamentale, alors l economie doit finir par l integrer non seulement dans ses bilans, mais dans ses incitations. C est la transition que je continue d explorer, notamment via la Theory of Change.